FRANCE :

UN ÉTÉ AU QUARTIER
résidence
Centre méditerranéen de la photographie de Corse
Bastia

« Que faisons-nous en été pendant les grandes vacances ? Certains partent en voyage, d’autres vont au village et beaucoup restent… Que se passe-t-il à Lupino dans la vie de tous les jours au bas des immeubles et à la maison, sur la plage et dans les bars ou encore lors d’évènements comme les feux de la Saint-Jean, la fête de la musique, le 14 juillet ? C’est dans le cadre de la mission dite de lien social “Escales de mémoires” que le Centre Méditerranéen de la Photographie a confié en 2010 à Stéphanie Lacombe une commande photographique sur la mémoire des quartiers sud de Bastia à Lupino avec comme thème : “un été au quartier” dans l’espace privé. »
Marcel Fortini, Directeur du Centre Méditerranéen de la Photographie

Exposition disponible en Corse au CMP de Bastia

Angèle : «Je vais au club de Saint Pierre, c’est un club pour personnes âgées. Nous dansons, nous jouons au loto, prenons le goûter et voyageons ; cette année, nous sommes allés en Autriche. Mais l’été, le club ferme, alors pour m’occuper je fais des canevas que j’offre à mon entourage ou bien je prends le bus pour la plage, 3 fois par semaine et je nage... je suis toujours dans l’eau, je sais encore nager à mon âge !»

Pascal, Sébastien et Océane.
Dominique (la maman) : «Mon mari et moi sommes de Ghisonaccia, un petit village en Haute Corse. Nous habitions avec la mémée qui est partie se reposer au ciel. Nous avions l’habitude d’y passer les vacances d’été. Nous aimerions pouvoir envoyer les enfants en colonie de vacances alors, à la place, nous partons les week-end en camping sauvage, avec une canne à pêche. Si tu n’attrapes pas de poisson, tu ne manges pas, parce qu’on emmène que de l’eau !»

 Marie-Lucie : «Comme j’ai une maladie des bronches, je fais le ménage chez moi chaque jour, été comme hiver : poussière, aspirateur, serpillière matin et soir. La grande Barre m’a détruite parce qu’il y avait de l’amiante dedans, pourtant je la regrette… Je regrette l’entourage : nous descendions dans la rue, rigolions tous ensemble, parlions de tout et de rien, nous confiions les uns aux autres. Mais je ne regrette pas mon appartement humide et rempli de cafards. Nous avions beau passer 3 bouteilles de Bégon, ils finissaient par aimer l’odeur ! L’été, je descends à la plage vers 15h pour retrouver mes amis.»

Juliana, Manu et Lorenzo.
Juliana : « Je suis née à Montesoro, juste à côté, mais ce n’est pas Lupino, tout le monde vous le dira ! L’été nous restons ici; je suis malheureuse quand je ne vois pas en même temps la mer et la montagne. De temps en temps, nous prenons le bateau, et partons une journée à Marseille faire les magasins. Ici la mode a deux ans de retard. Autrement, le soir après dîner, nous sortons manger une glace; nous prenons le bus et nous allons au centre de Bastia pour y retrouver nos amis.»

Annette, ses 3 enfants : Yasmina, Jawad, Sofiane et les copains.
Annette : «Dans la Grande Barre, il y avait ma mère à un étage, ma soeur à un autre et moi. Nous allions chez les unes et les autres. J’avais les mêmes voisins depuis 30 ans. J’aime Lupino et cette façon de vivre. L’été, tous les soirs, nous nous retrouvons au pied de l’immeuble, sur le banc, jusqu’à 23h ou minuit, selon l’ambiance. D’ailleurs le banc sur lequel nous sommes assis, ce sont les gosses qui l’ont récupéré pas loin d’ici !»

Jocelyne : « J’aime mon nouvel appartement parce qu’il y a un jardin. J’ai un géranium qui, hiver comme été, reste fleuri. Je construis des maquettes de maisons en allumettes, mais pas n’importe lesquelles: celles où j’ai grandi. Toute mon enfance et mes plus beaux souvenirs y sont enfouis ! Petite, j’étais rachitique : j’ai été sauvée par le lait des chèvres et des vaches de cette ferme. Le matin, je me levais, je prenais mon bol, je courais en traversant la cour pour aller traire la chèvre et boire son lait !»

Betty et Lilou.
Betty : « Je suis née et j’ai grandi à Bastia. Mais aujourd’hui, j’apprécie de vivre dans les quartiers sud, particulièrement ici, à Lupino : j’ai tout à proximité : école, salle polyvalente, bibliothèque. L’été, avec Lilou nous allons à la plage ou au ruisseau et pratiquons différentes activités comme la lecture, la peinture, la cuisine ou des jeux de société.»
Lilou : «Les princesses habitent dans les châteaux et pas des maisons comme la mienne. Mais moi, je la trouve très jolie ma maison. J’ai un petit chat noir. La couleur, ça n’a pas d’importance : qu’il soit noir, roux, bleu, vert. Il est tout petit et j’espère que je vais le garder toute la vie !»

Albert : «Je suis collectionneur depuis l’âge de 12 ans. J’ai d’abord commencé par les cartes postales originales de Bastia, ensuite celles de mon village natal, ville-di-Pietrabugno. Plus tard, j’ai réuni les fanions et drapeaux de foot, les voitures, les timbres... Ma collection de cartes postales est unique en Corse. Je les ai récupérées auprès des habitants de mon village. J’ai réuni toutes ces images méthodiquement dans des classeurs et expose ce travail de mémoire, ici en Corse. L’été, c’est comme le reste de l’année, je suis toujours à la recherche de quelque chose. Je fais aussi du modélisme, d’ailleurs j’ai mis 2 ans pour faire le Normandie!»

Josiane : «Mon ami a trouvé un bélier qui semblait malade. Nous l’avons amené chez le vétérinaire et nourrit au biberon avec du lait de chêvre. Quand nous sommes à table, il nous mange la salade dans les assiettes. Regardez ! il mange même les mégots du cendrier...Nous allons le ramener dans un champs pour brouter l’herbe avec d’autres petites brebis. Il y sera heureux et dans son élément. »

Lisa et ses deux filles.
Lisa : «Avec nos enfants, nous ne partons pas en vacances l’été; alors nous allons nous baigner à l’entrée du tunnel, à côté du lavoir, Plage des Galets. Très tôt le matin, il n’y a que des bastiais et c’est sympa. La semaine prochaine nous partirons au Lac, une heure et demie de marche. Comme il est interdit de s’y baigner, nous irons nous rafraîchir dans les ruisseaux.»

Sylvie et ses trois enfants.
Sylvie : « Durant les vacances d’été, avec les enfants, nous descendons à pied ou en bus jusqu’à la plage. Je regrette que la Grande Barre ait été détruite parce que nous nous amusions bien ensemble, avec les voisins. Nous laissions tout ouvert, comme les voitures et l’appartement, le quartier nous était familier. Il n’était pas rare de sortir les casseroles par la fenêtre quand un match de foot passait à la télé et de crier : allez l’OM ! Il faudrait reconstruire le même bâtiment et nous remettre dedans avec les mêmes voisins.»

Françoise : «Je suis arrivée en 1991 en Corse, partager la vie de mon amoureux et j’y suis restée. Je suis bien ici même si je vis seule aujourd’hui. Comme je suis curieuse, je me suis inscrite au club de Questions pour un Champion, à Borgo. Autrement, quand je suis à la maison, je peins, je tricote, je lis. J’ai des livres sur les hommes préhistoriques; ça m’intéresse pour le côté poétique, parce que la science n’est pas assez avancée pour raconter tout ce qui se passait à cette époque. »

Danielle : «J’ai toujours été attirée par les enfants, d’ailleurs j’ai 11 petits enfants. Si je ne les ai pas à garder, je les appelle pour prendre de leurs nouvelles. Ce matin, nous faisons la cuisine ensemble, comme cela, ils apprennent des choses et ça les occupe. Après manger, j’amènerai Ericka au cheval et Olivier au jet ski. Et Mattéo, lui, ira faire la sieste.»

Anne-Marie : « Mes journées sont organisées autour de promenades et de mon feuilleton favori. Je regarde «les feux de l’amour» depuis les débuts avec Victor et Nikki, ça doit faire 30 ans peut-être.»

Corinne et ses enfants.
Corinne : «Je suis née à Lupino en 1982. L’été, j’aime rester chez moi ou aller au parc. J’aime être seule. D’ailleurs ici il n’y a rien; le quartier, ça fait 32 ans que je le connais par coeur. Je ne bouge nulle part sauf en Algérie où mon mari habite. Je l’ai rencontré sur internet, il y a un an. Quand j’y suis allée, j’étais bien ».

Marie-Ange, Fabien et Romain.
Marie-Ange : «Nous nous sommes rencontrés il y a 15 ans, nous avions 18 ans et nous nous sommes installés très vite ensemble, ici, à Lupino. Nous vivions de petits boulots. Ensuite nous avons déménagé en ville où nous sommes restés un peu plus d’un an dans un appartement très confortable. Mais c’était trop calme pour Fabien alors nous sommes revenus ici.»
Fabien : «J’ai grandi avec ma bande de copains, je connais tout le monde ici. J’aime le quartier quand il y a des histoires et de la vie. J’ai aussi mes habitudes : le matin, j’amène Romain à l’école et je vais boire un café chez Coco. Depuis la naissance de Romain, nous ne partons pas en vacances l’été; nous restons à la maison.»

 Rita : « Je suis née à Novale d’Alesani, un petit village où mes parents se sont connus. Nous étions 10 enfants à la maison. L’été, je me mets sur le fauteuil relax, en pépère, je prends mon temps et j’apprécie chaque instant. J’écoute de la musique aussi, j’aime Dalida ! Je ne sais pas comment dire mais j’ai l’impression qu’elle a écrit ses chansons pour moi. J’aime son type de femme et ses tenues vestimentaires. D’ailleurs, pour le mariage de ma fille, je portais le même fourreau noir que celui de Dalida. Après le départ des enfants, j’ai refait tout l’appartement; mais si c’était à refaire, je referais une décoration marocaine. L’été, je ne voyage pas vraiment : je vais en pèlerinage sur des lieux cultes comme Sainte Rita ou Lourdes.»

 Jean-pierre : « Je suis né le jour où les Allemands ont passé la ligne de démarcation à Ajaccio le 11 Novembre 1942. J’ai habité une trentaine d’années à Paris, puis je suis revenu m’installer ici, à Lupino; cela fait 12 ans maintenant. Enfant, j’étais chez les soeurs à Figarella. Tous les dimanches, après la messe, elles nous passaient des films de Chaplin et des documentaires sur l’Afrique. Il y avait des femmes avec les seins à l’air et les soeurs, à ce moment là brouillaient les images. Depuis j’aime Charlie Chaplin, j’ai ma canne pour marcher et des images partout sur les murs».

Myriam, Stéphane et Alysson.
Myriam : «J’ai grandi dans la Grande Barre, ma mère m’avait aménagé une petite chambre sur le balcon. Nous avions une belle vue de l’appartement : d’un côté la montagne et de l’autre la mer. Seulement il y avait un gros sapin devant la fenêtre qui empêchait de voir les feux d’artifice. Regardez ici, comme la vue est magnifique : je vois les bâtiments, la mairie, la mer, le cimetière. Il n’y a que les pigeons et les chauves-souris qui peuvent gêner ! Certains soirs, la lune est magnifique quand elle flotte sur l’eau... On dirait des diamants sur la mer ! Quand c’est comme ça, je n’allume pas dans l’appartement, je m’assois sur la terrasse et je regarde en bas».

Rachida, Mohamed, les enfants et Saïdi.
Rachida :«Ma soeur Saïda nous rend visite l’été; elle reste chez nous 15 jours. Nous discutons autour d’un café, nous préparons les repas ensemble, nous allons faire des courses. Ensuite à 14h, nous accompagnons les enfants à la plage, et nous jouons au ballon ensemble. »
Mehdi :« Moi j’aime les vacances parce que les étés où nous partons, nous allons au Maroc... »

Sylvie : « Je travaille au lycée et je m’entends très bien avec les jeunes. L’été, comme c’est fermé, je reste à la maison, je m’occupe de ma maman. Nous regardons la télévision, nous préparons à manger, allons faire les courses.»

Fatima et Yann.
Yann : « J’aime bien venir chez Mamie pendant les vacances d’été; je peux regarder la télé et puis j’aime bien Mamie, lui faire des bisous et fouiller dans son sac, mais ça, c’est un secret. J’adore lui faire des chatouilles. Mais par contre elle n’aime pas que je la voie toute nue et aussi que je la réveille pendant la sieste avec ma cigale électronique»

Monika : «Tous mes souvenirs sont à Bastia car malheureusement je n’en ai plus du Maroc. Je suis arrivée très jeune avec mes parents à Lupino. Je me sens bien ici avec mes enfants. Le soir, nous passons à table au moment du feuilleton «Plus belle la vie». Ce sont des gens un peu comme nous, ils vivent le racisme, le mal, le bien, les fêtes. Je me vois comme Blanche: c’est une maman au foyer, elle travaille, son mari l’a quittée, elle a 3 enfants. C’est la femme qui veut régler les problèmes de tout le monde. Et moi j’aime aider les autres, j’aime partager ce que j’ai.»

 Anne-Marie : « Mes parents sont arrivés du Portugal en 1972. J’avais 2 ans. Quand je suis là-bas, je suis fière d’être corse. Quand je suis ici, je suis fière d’être portugaise. Cet été, je reste chez moi car je viens d’ouvrir un institut de manucure à mon domicile.. Tout mon appartement est refait par mes soins; je bricole et je peins aussi des tableaux. Lorsque mes clientes rentrent chez moi, elles sont impressionnées, pourtant ce n’est que de la récup, de la bidouille. »

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