FRANCE :
Sid et sa moto. Sid s?est offert un parking insolite dans un appartement de la Grande Borne pour sa 125 Monet Goyon modele 1951.

LA GRANDE BORNE
2011
édition & exposition

LA GRANDE BORNE

La Grande Borne à Grigny, à vingt minutes au sud de Paris, cité HLM de 3700 logements, quinze mille habitants, s’étend sur 90 hectares. L’architecte Émile Aillaux conçoit le site en triangle, aujourd’hui pris entre l’autoroute du soleil, une nationale et la prison de Fleury-Mérogis. Toute la structure de la G.B est basée sur le rêve et l’enfance (aménagement des rues en labyrinthe, batiments en serpentin, mosaïque de dessins, couleurs à profusion, sculptures géantes, sols en dos d’âne) ce qui en fait une cité que l’on peut difficilement apprendre par coeur parce qu’elle recèle des surprises et dissimule des secrets qui en donneront, le moment venu, des lectures multiples et contradictoires. D’autre part, sont occultés du triangle les transports en commun, les voies de passage en automobile, les parkings et surtout les activités commerciales. Les habitants sont contraints de rester chez eux puisqu’il n’existe pas d’activités au sein de la Grande Borne : ce n’est pas une cité autonome réunissant les fonctions essentielles de l’habitat, du travail et des échanges. Comment aménage-t-on son espace intérieurquand celui-ci devient l’enfermement dans l’enfermement ?

Ici commence mon projet photographique. J’ai choisi de travailler au coeur du triangle dans le quartier des Enclos (dit des tiroirs) ou la structure des appartements est strictement la même pour tous. Ma démarche est d’être la plus objective possible photographiant les familles avec un cadrage identique et frontal, conservant pour chacune, une égale distance.

La Grande Borne, ce n’est pas l’enfer, ce n’est pas le rêve non plus : c’est comme beaucoup d’autres cités un grand ensemble de moyenne importance dont le développement dépend des services publics. J’y ai trouvé l’humilité. Les gens ne sont pas encombrés d’une fausse culture, plaquée et arrogante dont la liberté d’accès aux rêves reste intacte parce que leur vie est une suite d’actes graves et concrets.

Stéphanie Lacombe

La grande borne, vue d'ensemble

Chez Clement. Intérieur d'appartement dans le grand ensemble de la Grande Borne à Grigny, Essonne.

Agnès et Jérome ont décoré l'appartement à leur manière. Ici, le salon se transforme en la salle de jeu.

Sid s'est offert un parking insolite dans un appartement de la Grande Borne pour sa moto 125 Monet Goyon, modèle 1951.

Jean-François Junior est âgé d'un mois, il est dans les bras de sa maman.

Joseph et sa chienne, Noisette de Beurre. Si vous cherchez Joseph à la Grande Borne, il suffit de demander aux habitants du quartier : " On vient de le voir place aux Herbes !" " Il discutait tout à l'heure avec le facteur"... Cette figure emblématique du quartier est arrivé de La Réunion le 15 septembre 1981. "Si un jour je rentre chez moi sur mon île, je ne serais pas dépaysé : les cités il y en a plein là-bas maintenant. Et malheureusement c'est encore plus chaud qu'ici".

Chez Linda et Joël. Quand un magazine à sensation a consacré sa Une à la Grande Borne en titrant LA CITÉ QUI FAIT PEUR, Linda s'est retrouvée, contre son gré, en couverture. Ses deux filles jouent avec leurs nounours et leurs poupées, sous les yeux attentifs du pitbull Roff. Linda est née à la Grande Borne, elle espère habiter un jour ailleurs. Elle a fondé FEMMES D'ICI ET D'AILLEIRS, une association qui vient en aide aux habitantes de la Grande Borne.

Alice et Gigi se retrouvent chaque jour, après le déjeuner et passent une bonne partie de l'apres-midi ensemble.

Valérie n'a pas souhaité être photographiée. La décoration de son appartement lui a pris du temps : c'est le seul où la cloison coulissante (pour séparé le coin cuisine et le salon) est fermée. La fausse pierre a été collée à l'envers par son mari mais on y prête pas attention.

Les parents de Sandrine sont arrivés en 1969, la cité n'était pas achevée. Il y avait encore des champs de betteraves et on circulait entre les batiments sur des planches de bois. Sandrine travaille à la Maison de quartier. Assise à côté d'une statue dorée qui soutient le poste de télévision, elle déplore les problèmes d'isolation, et quand le voisin du dessus fait trop de bruit en bricolant, elle tape sur les radiateurs. Si Sandrine s'estime heureuse de la Grande Borne, elle remarque que l'ambiance se degrade : "Avant on sortait en laissant les portes ouvertes, je ne le ferais plus maintenant. D'ailleurs pas mal de gens partent vers d'autres cités ou pour construire..."

Dans cet appartement, les angelots garnissent tous les murs. Ce petit garcon d'un an et demi se prénomme Ange.

Françoise contre sa fenêtre ne tient pas a être photographiée. Elle regarde son petit garcon jouer dehors.

Marie-Louise, habite la rue des Enclos. Un CD de Charles Aznavour est posé sur une table basse, la radio diffuse un programme en arménien. Marie-Louise se souvient d'etre arrivée il y a trente ans dans un appartement qui sentait encore le neuf et avoir pleuré son XVème parisien. Aujourd'hui elle ne voudrait pas repartir.

Mario, 11 ans se garde seul le mercredi apres-midi.

Mme Barraux habite cet appartement depuis la construction de la cité. Elle s'y sent bien. Elle est très entourée par son voisinage qui s'occupe de ses courses puisqu'elle ne conduit pas.

Chaque week-end, Laurent et ses voisins se réunissent pour jouer au pocker. On y accepte les longueurs (record 17 heures) mais pas les dettes. Ce jour là, Laurent a plumé ses camarades.

Madame Lecuyer vit seule dans son appartement. Elle a fait faire des travaux il y a trois ans.

Lionel, jeune homme de 21 ans, vit au milieu d'un appartement mouvementé. Dans ce F3, on rencontre sa mère dit "Tata", sa grande soeur et ses deux nièces. On compte aussi trois chiens, deux chats, deux hamsters et un chinchilla. Seul refuge pour Lionel, une chambre pour y bricoler de vieux téléviseurs et y fumer des cigarettes.

La grande borne

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