FRANCE :

FROID DANS LE DOS
Fondation Abbé Pierre
France

Qui sont les ménages qui en se chauffant à une température confortable dépensent en énergie un budget jugé excessif ? Qui vit dans le froid, du fait d’un logement «inchauffable», ou de restrictions permanentes ? Quels sont ceux qui subissent les coupures de compteur pour cause d’impayés ? Les portraits photographiques donnent à voir la diversité des traits de la précarité énergétique. Le ménage qui fait face à des factures trop lourdes, du fait d’un chauffage peu performant, est finalement le moins courant. Nombreux, en revanche, sont les propriétaires occupants de bâtis vétustes, qui n’ont pas les ressources pour mener des travaux de rénovation. Nombreux également les locataires dans des logements dégradés, que les propriétaires ne veulent pas améliorer. Cette précarité là, bien que focalisée sur la dépense énergétique, renvoie de fait à la question plus ancienne du mal logement. S’ajoutent à cela beaucoup de situations qui relèvent de la stricte précarité financière, dans des logements sains et normalement efficaces, donnant lieu à des pratiques de restriction drastique, aux impayés, voire aux coupures de gaz et d’électricité.

Le reportage photographique documente des conditions de vie marquées par des températures intérieures très basses, l’humidité et les moisissures qui s’infiltrent partout. La vie en continu dans le froid se donne à voir à travers des signes qui sautent aux yeux (chauffage d’appoint comme seule source de chaleur, moisissures sur les murs, appareils à l’arrêt) et d’autres plus impalpables (repli dans une seule pièce, pratiques adaptatives de la «vie à l’ancienne», cohésion familiale pour résister…). Ce projet est une plongée au cœur de l’expérience de la privation de chaleur et du confort thermique. Il veut éclairer cette question dérangeante : qu’est-ce qu’avoir froid chez soi, en France, au XXIème siècle ? Quelles en sont les raisons et les effets ? Se confronter aux intérieurs de ces ménages conduit à ce constat : le confort thermique est l’un des marqueurs centraux de notre mode de vie, dont les «précaires énergétiques» sont privés, du fait de situations financières trop contraintes. Entrer dans le foyer d’un précaire énergétique, c’est faire l’expérience très abrupte de conditions de vie «en résistance, contre le froid».

B. Maresca

 

Information exposition :  lacombe.stephanie@gmail.com

Les images sont disponibles pour la diffusion, me contacter par mail

« Periphérie » sur France Inter parle de notre documentaire

Projet réalisé avec Bruno Maresca et la Fondation Abbé Pierre

 

Valérie, 44 ans, mariée, mère de 4 enfants, Assistante maternelle en invalidité. Propriétaire en Puisaye (Loiret).

« Nous avons acheté cette maison à retaper en 2007. L’entreprise qui devait faire nos travaux a déposé le bilan et nous avons tout perdu. Nous sommes restés trois ans dans la maison froide, humide, moisie, pleine de courant d’air, l’électricité et la plomberie sont aléatoires, et c’est envahi de souris… En 2011, on a décidé de s’installer dans un mobil-home sur le terrain."

"Le froid glacial entre par les sols, il fait 12°C dans la pièce à vivre, 8°C dans nos chambres et les aliments gèlent dans les placards de la cuisine. Le plus dur est de vivre à cinq dans une caravane, cuisiner sur une gazinière restée dans la maison et faire les lessives en ville. D'ailleurs, les filles s'habillent tous les jours pareils, c'est moins de travail.»

Nadine, 71 ans, veuve, 2 enfants. Employée de commerce à la retraite. Propriétaire dans le Vexin (Val d’Oise).

"Le seul point de chauffe qu'il n'y ait jamais eu dans cette maison est dans la salle à manger. J’ai un poêle à pétrole posé devant la cheminée. Je refuse les invitations car je ne peux pas les rendre. Il fait trop froid, j’ai honte."

"Aucune pièce de la maison n’est chauffée, pas même ma chambre."

"J’étais toute jeune mariée quand je suis arrivée dans ce préfabriqué en 1964. L’odeur insupportable de moisi et d’humidité que vous sentez vient du sol car il n'y a pas de fondation sous le parquet."

"Cette maison est reconnue insalubre, mes habits sont dans des housses, j’essuie la moisissure à l’intérieur des armoires qui revient sans cesse, les rats entrent par les trous des sols."

Guillaume, 50 ans, célibataire, sans emploi. Vit dans un squat (Ile-de-France).

"Je n’ai jamais eu aussi froid de toute ma vie depuis que j'habite ce squat. Pourtant je m'organise : pour dormir, j'ai monté une tente que je recouvre de tissus, j'ai un radiateur électrique à l'intérieur. Je dors avec un bonnet, des collants, des chaussettes, une combinaison thermolactyl et je glisse des bouteilles d'eau chaude dans le lit. Le froid arrive par les pieds à cause du ciment au sol."

"J'ai installé dans la grande pièce un poêle à bois mais celui-ci s'éteint la nuit. Au réveil le matin, quand je sors de ma tente, c'est le choc thermique pour aller faire mon café et prendre ma douche."  

Corinne, 40 ans, célibataire, mère de 4 enfants Aide à la personne sans emploi. Locataire en immeuble à Sète (Hérault)

"Cet appartement est classé indécent, il est humide, les placards, murs, fenêtres et vêtements sont moisis. Je touche le RSA, une fois toutes mes factures acquittées il me reste 70€. Je me prive de chauffage la journée alors qu'il fait 13° dans le salon. Certains jours, il fait plus froid chez moi que dans la rue. Pendant les vacances, ma fille reste toute la journée sous la couette, avec les chats qui lui tiennent chaud. Le soir on s'assoit par terre, ensemble, sous le radiateur,  il fait tout juste 16°."  

Fatima, 60 ans, mariée. Mère au foyer, 4 enfants dont deux handicapés. Propriétaire d’un pavillon à Nanterre (Hauts-de-Seine).

"J’utilise un poêle à pétrole que je déplace de la cuisine au salon. En haut, on utilise un chauffage d’appoint sur le palier pour toutes les chambres. Nous n'avons pas les moyens d'installer le chauffage au gaz, pas de loisir et encore moins de repos. Manger avec une veste n'est pas agréable. On peut se priver d'un beefsteak mais pas de chauffage, c'est un luxe."

"La nuit, j’éteins tout les chauffages jusqu’au petit-déjeuner et fais sécher mon linge par terre."

"Les convecteurs électriques sont d'origine, ils ont 34 ans… des "grille-pains" dont on ne se sert plus."

Gérard, 67 ans, célibataire, agriculteur retraité
Sa soeur, Maryse, 63 ans, célibataire, aide familiale retraitée
Propriétaires à Pithiviers (Loiret)
"L’hiver, le vendredi soir après la vaisselle, on se lave à l'évier, chacun son tour." 

"Notre mère a mis au monde huit enfants dans cette maison. Nous sommes restés ici avec elle toute notre vie. Elle est décédée il y a 4 ans et n’avait jamais voulu faire de travaux d'aménagement."

"Les radiateurs électriques ne fonctionnent pas, je m’en sers pour poser mes plantes vertes."

"Les toilettes et la douche sont dehors dans des cabanes. On utilise un pot de chambre la nuit pour ne pas sortir."

Romane, 22 ans, mariée, 1 enfant et enceinte du second. En recherche d’emploi. Locataire en immeuble Mèze (Hérault).

"Nous sommes arrivés dans cet appartement il y a 6 mois. Depuis ma fille est malade, bronchites, bronchiolites, début de pneumonie. Sa chambre est froide, je mets le thermostat à 25° pour atteindre les 17°, son matelas est noir de moisissure et les murs sont tachés, il n'y a ni ventilation ni aération. Notre médecin traitant connaît la situation de cet immeuble et nous conseille de déménager. Le propriétaire n’est pas tenu de faire les travaux bien que notre logement soit classé indécent, c’est affligeant. En attendant de trouver une solution, nous dormons tous les trois dans le salon."  

Raymonde, 59 ans, sans emploi et son mari, René 62 ans, retraité. Un fils de 28 ans à charge. Locataire en HLM à Lens (Pas-de-Calais).

"GDF nous a coupé le gaz il y a deux ans. Nous avons un seul convecteur électrique dans l'appartement que l'on déplace au besoin.Nous avons des dettes, ma machine à laver est en panne depuis trois ans, je lave le linge à la main. On se restreint tous les jours : le frigo est vide, comme un frigo de démonstration chez Darty. On s’habitue à tout, sauf à l’idée de se retrouver à la rue."

"Le matin, nous chauffons l’eau à la casserole sur les plaques électriques de la cuisine pour se laver à la salle de bain. Nous ne prenons plus de douche, c'est trop compliqué."

Françoise, 56 ans, divorcée, mère de 3 enfants. Aide soignante à retraite. Propriétaire d'un pavillons à Ganges (Hérault).

"En 2011 j’ai acheté cette maison à retaper. Je comptais sur mon fils pour les travaux qui est parti avec mes 15  000€ d’économies pour payer ses dettes. Je n'ai pas d'électricité, pas d'eau et pas de toilettes. Je m'éclaire avec des bougies, je colmate les fenêtres avec du linge, me chauffe avec un poêle à pétrole, réchauffe les conserves sur un butagaz. J’ai 50€ par mois pour vivre. Dormir l’hiver ici est difficile, je m'entoure des chats du quartier mais je dois admettre que ça sent mauvais."  

"Ma priorité aujourd’hui n’est pas ma maison mais de trouver un travail bien que je sois à la retraite."

Rachida, 55 ans, divorcée, mère de 6 enfants, agent d’entretien en invalidité. Propriétaire à Lyon (Rhône).

« Mon mari m’a quittée en plein travaux avec six enfants à charge, il y a sept ans. La chaudière au fioul est tombée en panne. La maison est froide et humide. La journée, je vais au centre commercial pour trouver un peu de chaleur. J’ai acheté un halogène sur roulettes chez Emmaüs que j'allume le soir quand mes enfants rentrent de l’école."

"L'halogène chauffe la pièce principale où nous dormons ensemble, chacun sur une banquette. Il fait 12° le matin quand on sort des couvertures, c'est très dur.»

Sonia, 51 ans, mariée, deux enfant à charge dont un handicapé. Mère au foyer. Couple sans emploi. Locataire d’un meublé dans une résidence privée à Montpellier (Hérault).

"Nous habitons à quatre dans ce meublé de deux pièces depuis 15 ans. Mes deux fils dorment dans la même chambre et nous, dans le salon par terre sur un matelas." 

"Je m'occupe non stop de mon fils handicapé, alité dans sa chambre. Il est régulièrement hospitalisé pour des infections pulmonaires en raison de la moisissure. Toute la plomberie est cassée, je vais chercher l’eau à la salle de bain pour faire ma vaisselle… Nous avons eu une proposition de logement social mais trop loin de l’hôpital."

"L'appartement a été diagnostiqué comme indécent, il y a 3 ans"

Bérengère, 35 ans, mariée, mère de 4 enfants. Couple sans emploi. Locataire d'une maison de ville à Douai (Nord).

"La chaudière est en panne et le propriétaire ne la répare pas. Il fait froid et humide. Le plus dur quand je me lève la nuit, est de sentir mon bébé gelé aux pieds. On vit à l’ancienne à l’ère d’internet. Je suis fatiguée. Il suffit qu’il pleuve et je suis noyée. On se rassure en se disant qu’on a un toit même si celui-ci tombe en morceaux."

"J’ai mis des boudins sous les portes, du scotch aux fenêtres, on reste la journée sous les couvertures."

Christian, 62 ans, célibataire, VRP. Locataire d’une maison de village à Vailhauquès (Hérault).

"J’habite un village au milieu des collines. Je me chauffais avec un poêle à bois, mais depuis mon hernie discale, il m'était devenu impossible de porter une bûche… je l'ai revendu au profit d'un poêle à pétrole que j'allume quand il fait vraiment très froid. Quelqu'un vient m'aider à rentrer le bidon de 25 litres. Je suis comme tout le monde, je cherche à faire des économies alors j'allume tout doucement le chauffage électrique."

"J’ai des problèmes de moisissure au mur, les fenêtres et les volets sont pourris. Depuis mon opération, je m'aère, je vais chercher mon romarin dans la garrigue et me prépare des tisanes."

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